Portraits

 

 

 
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 Les sculptures de l’artiste ont l’allure de cocons.

Kim Cao

  • Un autre regard sur l’environnement

07.2020

Depuis cinq ans, il interpelle les Azuréens avec ses œuvres en bambou tressé et exposera bientôt à Nice. La particularité de Kim Cao ? Redonner à l’humain, une place d’observateur émerveillé.

Il a commencé son aventure dans le monde des images, en tant qu’assis-tant photographe de grands noms comme Henri Cartier-Bresson, Kevin Westenberg ou Terry Richardson. Puis il a fait de sa passion pour la musique son métier, en devenant guitariste-chanteur professionnel. Mais au rythme de cette vie effrénée, Kim Julien Cao a aussi ressenti un immense besoin de retour à la nature, celle où les sens parlent plus que la pensée. « J’avais vécu jusqu’ici en ville et j’ai donc décidé de m’installer à Saint-Paul de Vence, à côté d’une forêt. Puis j’ai franchi une nouvelle étape en déménageant à Coursegoules, village niché au cœur d’un écrin naturel, et où j’habite désormais ». Pour Kim Cao, être proche des éléments est devenu un véritable choix de vie et ce n’est qu’ainsi que l’on peut comprendre la naissance de son œuvre sculpté : « C’est à partir de là que j’ai commencé à faire du Land art, au départ via de petits formats : des origamis, des fils, puis le tressage de végétaux ». S’il continue de créer de petites œuvres sur commande, l’artiste s’est fait connaître du grand public avec ses sculptures-installations à ciel ouvert, lors de l’exposition Figures Libres aux Jardins du MIP à Mouans-Sartoux, du festival We Love Green à Paris ou encore de la grande biennale Humus Park à Pordenone en Italie.

Prendre le temps en chemin
Kim Cao passe de longues heures immergé dans les forêts de bambou, pour trouver les formats de tiges adaptés à ses sculptures. Et après la récolte, il faut les tailler patiemment à la machette, avant de pouvoir les assembler dans des œuvres à l’image du tissu social humain, avec une myriade d’éléments se soutenant les uns les autres. Et d’ajouter : « Tresser des matières végétales calme mon esprit et me rattache au présent. J’ai le sentiment que ce besoin de se reconnecter à ses sens, est une envie que beaucoup partagent aujourd’hui. » Au détour des promenades de la Riviera, Kim Cao invite ainsi les visiteurs à la contemplation, mimant le hasard organisé de la nature, imitant les oiseaux tissant leur nid. Tantôt, il tresse des végétaux pour créer des formes qui expriment un sentiment en particulier, ou viennent tout simplement compléter un cadre naturel. Tantôt, il suspend des plantes vivantes qui poussent dans et sur la sculpture, jusqu’à finir par en prendre possession.

Vers des installations kinétiques
De la sculpture Birth, présentée en 2015 dans le sentier des arts d’Opio, à la sculpture Cosmogonia, déployée à Saint-Paul de Vence début 2020, il y a dans le travail de Kim Cao une constante : ses cocons, sortes de chrysalides légères, renvoient avec poésie à la fragilité du vivant ; ils interrogent tout autant les liens possibles entre les êtres humains que ceux qu’ils peuvent entretenir avec la nature, à l’heure des mutations de l’Anthropocène. Et fondamentalement, l’artiste s’inscrit dans une posture d’humilité. Travaillant sur un matériau périssable, ses œuvres sont par définition éphémères. Quelques années plus tard, il n’en reste que le souvenir photographique ou vidéo. Après avoir participé à une ribambelle d’événements Land art, collaboré avec d’autres artistes engagés comme Sally Ducrow, Cathy Cuby ou Yoann Crépin dans la région, il travaille aujourd’hui sur l’hybridation de matériaux naturels avec les nouvelles technologies. L’idée de Kim Cao ? Proposer des installations immersives en intérieur, jouant sur les ombres et le clair-obscur. Des développements à découvrir très prochainement dans la capitale azuréenne.

Par Tanja Stojanov