Portraits

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« Le leitmotiv de ma vie ? La création d'univers, d'histoires globales totalement abouties... » Stéphane Parmentier / © Derek Hudson

Stéphane Parmentier

  • L'harmonie des paradoxes

09.2019

Architecte d'intérieur, designer, directeur artistique… Stéphane Parmentier crée comme il respire. En permanence. Des objets, du mobilier mais aussi des univers pour une clientèle internationale à l'écoute de sa simplicité luxueuse.

Toujours entre deux avions, deux projets, deux chantiers, Stéphane Parmentier prend pourtant le temps de vivre chaque rencontre. Et se livre avec générosité, porté par un enthousiasme sans cesse renouvelé et l'évidence de ses envies, depuis l'enfance. Pour lui, tout a commencé à Nice, sa ville natale. Dès son plus jeune âge, il le sait : ce sera la mode ou l'aviation. Il se forme au stylisme, fait ses armes chez Chacok et Bleu Blanc Rouge, esquissant son futur avec détermination. À 19 ans, il remporte un concours jeunes stylistes organisé par Marie-Claire Côte d’Azur. « Un plaisir immense. J'avais pu aller au bout de mes idées, écrire de A à Z mon propre alphabet en montant ma première collection homme. » Un prix qu'il utilisera tel un sésame pour ouvrir les portes parisiennes. Il débute chez Angelo Tarlazzi puis « tout s'enchaîne magnifiquement ». Lanvin, Hervé Léger, Givenchy, Claude Montana… il travaille pour les grands noms de la mode et aura « la chance, le bonheur, d'être l'assistant de Karl Lagerfeld. Huit années magiques auprès d'un homme exceptionnel ! »
Mais ça, c'était sa première vie.

Décollage pour l'architecture d'intérieur
La seconde se profile au détour d'un appel d'offres de Singapore Airlines, qui souhaite faire signer ses cabines première classe par une maison de couture. L'avant-projet de Givenchy, piloté par Stéphane Parmentier, est retenu : « Je suis un vrai geek des avions ! J'ai pu repenser tout cet univers, dessiner les verres, les couteaux, les logos, les fauteuils, les pyjamas… ». Une expérience qui l'amènera à l'architecture d'intérieur. Il collabore avec India Mahdavi : « J'arrivais avec ma fraîcheur et mon esprit mode qui n'a peur de rien. Fabuleux ! Mais je n'ai vraiment sauté le pas qu'en 2002, avec la création de mon agence. J'ai eu tout de suite de très beaux projets à gérer à Paris, Londres, Miami, Genève… Du résidentiel mais aussi du commercial comme le nouveau siège social d'Orange livré en 2012. Un chantier sur 17 étages, au lendemain de la crise des suicides. C'était très social, il fallait donner une âme aux lieux, créer un univers familier, accueillant. » Très vite, il dessine des pièces de mobilier pour ses chantiers mais le design n'arrive « officiellement »  qu'en 2005 avec ses « Petites architectures », une ligne de plateauxet billots de cuisine. Puis en
2010, avec la Collection Stéphane Parmentier pour Ormond Éditions. Surtout du petit mobilier (stools, tables basses…) en lave patinée, en chêne sablé argenté et dégradé, en pierre perforée arachnéenne…
« Un an après, on gagnait le prix "Meilleur Lancement" du magazine Wallpaper, une référence ! » Depuis, la collection s'étoffe régulièrement comme, en septembre 2019, avec la ligne de mobilier en bronze patiné créée dans le cadre de l'exposition AD Intérieurs 2019.

L'élégance de l'essentiel
Stéphane Parmentier se confronte à la matière, la transmute au fil d'explorations initiatiques : le bois qu'il habille de sublimes dégradés, le cuir avec la maison italienne Giobagnara, l'argent avec Christofle, le bronze avec Astec, le laiton avec Vervloet ou Pouenat, et le travertin, sa pierre préférée… Matières brutes ou nobles qui se côtoient. « J'adore les télescopages, les paradoxes. Ils créent l'étincelle qui déstabilise tout. Le jeu de cartes tombe et, ensuite, on le reconstruit différemment et dans l'époque avec ma patte et celle du client. » Son style ? « Je me sens "maximaliste". J'aime que chaque création soit gorgée d'énormément de choses, mais avec un résultat essentiel. Mes créations sont d'une fausse simplicité, épurées mais d'une fabrication complexe. Pour décrire mon style, on parle donc souvent de "minimalisme" chaleureux.En architecture intérieure, on retrouve aussi mes petites dissonances, mes références antinomiques, mes contraires, mon masculin, mon féminin, mon antique, mon moderne, mon sensuel, mon brutaliste. » Un éclectisme assumé qu'il met au service de la ligne Home du concept store américain The Webster et des collections atypiques DragonFly (Le Domaine des Étangs) en tant que directeur artistique.

Bouger les lignes
Il affûte ainsi le style des marques, crée pour des maisons patrimoniales des collections contemporaines. « Des entreprises avec un bel ADN. J'aime puiser dans leur savoir-faire. Vous devez apprendre et respecter leur langage, mais pour écrire une nouvelle poésie, créer des objets désirables aujourd'hui. »  En 2018, La Manufacture Cogolin dans le Var éditait la collection Nord-Sud, signée par le designer. « J'ai toujours trouvé les tapis de Cogolin, noués main ou tissés sur des métiers Jacquard à bras du XIXe siècle, d'une beauté absolue. Ils font partie de mon vécu. Enfant, je jouais dessus avec mes petits avions en suivant le labyrinthe des motifs en hauts-reliefs. Mes tapis s'inspirent du travail du céramiste Roger Capron et des pavés de mon Sud natal mais aussi de Paris, ma ville d'adoption. Une collection très flexible, aux motifs et couleurs différentes. En associant les tapis, on peut créer des ruptures dans la continuité. Ça, c'est vraiment moi ! »

Par Christine Mahé