Portraits

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L'artiste dans son atelier à Biot./© Barbara Kaucher

Antoine Pierini

  • L’art verrier d’aujourd’hui

07.2019

A la tête de son atelier-galerie à Biot, Antoine Pierini déploie ses œuvres à l’international et expose cet été à Monaco. Une passion de famille dont il fait aujourd’hui évoluer les codes et limites.

Le verre et les Pierini, c’est une histoire qui a ses racines à Biot…
Oui ! Il faut dire que dans le monde du verre français, il y a l’Ecole de Nancy d’Emile Gallé et celle de Biot d’Eloi Monod. Lorsque ce dernier a fondé la Verrerie de Biot en 1956, de nombreuses verreries se sont ensuite installées dans le village. Monod a créé le verre bullé à la suite d’une bienheureuse erreur et a révolutionné le métier en invitant le public en coulisses. L’histoire du verre à Biot a été dès lors associée à l’art de la table. Mon père et mon oncle ont travaillé à La Verrerie, puis ils en sont partis pour tracer leur propre sillon. Ils font partie de cette génération de pionniers qui ont tout appris par eux-mêmes. L’artisanat du verre regroupe plusieurs métiers d’art. Certains à partir de là ont évolué, s’orientant vers les arts décoratifs et allant parfois jusqu’à la sculpture contemporaine.

Qu’en est-il de l’atelier-galerie dans lequel vous êtes installé ?
C’est une bâtisse qui a près de six siècles, devenue un moulin à huile à partir de 1748. C’était en fait le plus grand moulin communal de Biot ! Mes parents l’ont acheté en 1980, l’année où je suis né. Ils ont fait de premières rénovations et, depuis dix ans, nous avons fait de grands travaux avec ma compagne Gaëlle. C’est donc ici que je travaille, que j’expose mes sculptures et installations, et celle des autres aussi. Nous avons ainsi des artistes permanents de la région ou internationaux.

Comment avez-vous forgé votre culture artistique ?
J’ai évolué dans le milieu du verre étant enfant et puis j’ai eu la chance de beaucoup voyager, d’assister à des vernissages en galerie, de voir des expositions muséales et cela forme l’œil. Ma première visite au musée Chihuly Garden and Glass de Seattle m’a profondément marqué. Le monde des souffleurs que je connaissais était relativement discret, on ne se connaissait pas tous, or là c’était l’inverse ! Je me suis alors passionné pour Dale Chihuly, l’une des plus grandes stars du verre, les œuvres ethniques de William Morris et celles plus organiques de Lino Tagliapietra. Côté français, j’adore aussi le travail d’Othoniel, dont on connaît bien la bouche de métro à Paris et qui fait aujourd’hui des installations avec des briques de verre. Et je suis un grand fan d’Arman et de Klein.

Vous vous êtes donc orienté de l’artisanat vers l’art du verre…
Oui, j’ai commencé par des sculptures dans la masse en ne soufflant pas le verre. Pendant longtemps, les verriers étaient reconnus pour leur technique, qu’ils montraient notamment dans la symétrie. Je n’ai jamais été intéressé par cette compétition alors, si je fais parfois des œuvres symétriques, ce qui m’intéresse surtout ce sont les mouvements et les accumulations. Je réalise ces pièces moi-même, comme un artisan, mais avant cela je les conceptualise, j’écris pour mieux retranscrire. J’aime mettre en scène ! A côté du verre, j’ai aussi été amené au fur et à mesure à faire appel à des électriciens, marbriers, ferronniers d’art… Je suis donc passé de la réalisation d’objets décoratifs à une démarche d’artiste. Un cheminement qui a été long, mais j’ai toujours eu ça en moi.

Quelles œuvres exposez-vous cet été au Monte-Carlo Bay Hotel & Resort ?
J’y présente deux séries. D’abord à l’intérieur, celle des Vestiges contemporains avec son titre sous forme d’oxymore. Ce sont des amphores et des jarres retouchées, inspirées de l’Antiquité. Je suis en fait très influencé par le patrimoine méditerranéen, une passion qui me vient de ma mère, qui est aussi très engagée pour l’environnement. C’est lors de nos trois premiers voyages que j’ai pu découvrir Pompéi et Herculanum en Italie, le musée d’archéologie d’Athènes et le Santorin en Crète, puis la Tunisie. A l’extérieur de l’hôtel, je présente aussi la série des Bambous, inspirée de la noblesse et l’humilité de ces plantes. Ce sont ici des œuvres monumentales pouvant aller jusqu’à 4,5 mètres.

Y a-t-il d’autres séries caractéristiques de votre travail ?
Il y a les Dunes, des formes soufflées concaves et convexes, modulables et qui s’emboîtent. J’ai souhaité reprendre l’idée du vent qui les redessine sans cesse. J’ai également une série de sculptures massives nommée Apesanteur, avec des bandes de couleur qui flottent dans le verre transparent. Le verre a un poids important mais le rendu est volontairement aérien. Il y a dans mon travail toujours cette idée de sobriété et d’épure, de contemplation et de méditation. J’ai enfin les pièces de la série On the rocks, commencée avec des pierres de la Vallée des Merveilles. J’en ai réalisé certaines avec des roches du Mont Saint Helens, qu’on peut voir au Museum of Glass de Tacoma dans l’Etat de Washington, où sont exposés Tagliapietra et Chihuly. Je suis le seul Français à avoir cette chance.

Par Tanja Stojanov