Culture

 

 

 
 VISUEL FOCUS Lesieur

 Pierre Lesieur, Intérieur nature morte, 1982. Collection particulière, Lausanne ./© Adagp, Paris 2018 / Photo : Jean-Louis Losi

Pierre Lesieur

  • Voyage intérieur

04.2018

L’un des plus directs – et dignes – héritiers de Pierre Bonnard réenchante le musée du Cannet jusqu’au 17 juin. Pleins feux.

 

Il y a des filiations plus en­combrantes que d’au­tres. Les peintures de Pierre Lesieur (né le 21 mai 1922 à Paris, et mort le 28 septembre 2011) évoquent d’emblée celles de Pierre Bonnard. Le silence qui entoure son œuvre est aussi grand que sa production est foisonnante. En soixante ans de carrière, Pierre Lesieur est toujours resté dans la marge, « véritablement atopos, à part », dixit Patrick Mauriès (1). À l’âge de 8 ans, lorsque son père meurt, le petit garçon issu d’une famille de la grande bourgeoisie d’affaires annonce à sa mère, conciliante, que la peinture sera toute sa vie, mais à sa manière. Au début des années 40, il quitte l’École des Beaux-arts au bout de trois jours (2), préférant les cours d’André Lhote puis une formation à l’Académie libre de Montmartre. Refus des normes, des modes, Lesieur voit passer tous les courants de son époque (école de Paris, expressionnisme abstrait, abstraction lyrique, les Nouveaux Réalistes, le pop art, etc.) sans tentation aucune de « raccrocher les wagons ». Ce qu’il affectionne, et qui le conduira sur la/sa voie, c’est le cubisme et la peinture lumineuse de Matisse et de Bonnard. En 1963, il présente sa première exposition personnelle à New York.

 

Supplément d’âme
Pierre Lesieur prône une peinture « souveraine et libre ». Sa vie, son parcours sont rythmés par des voyages intérieurs et extérieurs (Japon, Égypte, Asie, Iran, Birmanie, Antarctique, Pompéi...) À ce « nomade dans l’âme » (3), le musée Pierre Bonnard consacre un vibrant hommage. L’exposition présente une quarantaine de tableaux, petits et grands formats, autour de ses intérieurs : « comme pour Bonnard, les objets et les meubles de son univers quotidien deviennent de plus en plus les sujets de ses tableaux, prétextant l’association subtile entre forme, cou­leur et décoratif, explique Véronique Serrano, conservateur du musée. Les êtres et les choses qui l’entourent, sélectionnés avec soin, participent à l’atmosphère prégnante que l’on retrouve dans ses peintures. Tous deux, à des décennies de distance, ont donné aux choses du quotidien un supplément d’âme ».

 

16 boulevard Sadi Carnot, Le Cannet
Tél. 04 93 94 06 06
museebonnard.fr

 

Par Mireille Sartore

 

(1) et (3) in « Pierre Lesieur, Les Ateliers »,
Gallimard, 2008
(2) Dixit François Xavier, in Le Mague, 2008