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Valentine Gauthier

  • « Lifestyle »

06.2014

 

Aussi attentive au choix des matières naturelles de ses collections qu’à l'air qu’elle rêve de respirer, la créatrice reste fidèle à ses convictions écologiques.



Même si elle ne se déplace qu’à bicyclette, y compris pour accompagner son fiston le matin à l’école, ça roule vite pour Valentine. Après une formation en stylisme modélisme aux ateliers Chardon Savard, elle enchaîne plusieurs missions chez Rochas et Martin Margiela, avant de rafler deux prix au Festival des jeunes créateurs de Dinard en 2006. Deux ans plus tard, elle crée sa propre marque avec la collection Assiette Anglaise et, dans la foulée, ouvre sa première boutique dans le Marais. En 2010, elle participe au salon 1.618 Sustainable Luxury à Paris et ne cesse depuis de surprendre avec ses collections qu’elle se plaît à qualifier de « raffinées, actuelles et aux influences alternatives ». Pourtant, c’est un tout autre chemin que s’apprêtait à suivre la jeune maman… « Si j’avais poursuivi mes études après ma licence en géoethnologie, je serais devenue ingénieur en écologie et me serais spécialisée sur l’étude des forêts. Oui, mais voilà… Un jour, j’ai décidé d’abandonner les bancs de la faculté pour renouer avec mon rêve d’enfant : la mode. Mais pas n’importe laquelle. Une mode « responsable », où chacune des pièces est créée autour de matières choisies pour leur valeur écologique et réalisée dans une démarche sociale, notamment en France, en Espagne et en Inde. » Et même au fond de son atelier de la rue Charlot, à Paris, où l’on veille scrupuleusement à ne rien gaspiller, elle s’attache à ne jamais céder aux sirènes du profit. Sa boutique est décorée d’objets de récupération et tout est mis en œuvre pour respecter l’environnement. Pour ses collections, c’est pareil. Elle déniche des filières incroyables comme cette association de femmes rencontrées sur une plage en Uruguay, qui réalisent sur place une ligne de maille tricotée main.



LES TISSUS DE LA NATURE
Amoureuse de la soie, du coton organique, de l’alpaga, du mérinos, des cuirs et peaux lainées français, elle avoue ses préférences pour les vestes aux déclinaisons infinies et les mélanges de matières naturelles pour le relief du vêtement. Faire cohabiter du cuir sur une robe en soie, du lainage avec du jersey de lin. Un look rock’n’roll chic ! « Je suis très attentive à la fabrication et à la provenance des tissus, aux teintures. Ce combat – j’appelle vraiment un combat le fait de ne jamais utiliser de matières issues de la pétrochimie – limite forcément notre champ d’action et exige davantage de créativité, par exemple sur les embellissements et les détails : matières brodées, floquées, imprimées mais aussi les zips, les perles… Notre solution ? Marger moins sur les produits et ne pas rechercher à tout prix… le meilleur prix. Dans l’esprit, nous sommes très proches de la marque de chaussures Veja. Vivre propre tout en restant moderne, exactement comme dans les pays scandinaves où, même dans la mode, les codes environnementaux sont d’une fluidité exemplaire. »



J’AI CHOISI MON CAMP !
Et son camp, c’est le terrain. « Si j’ai modifié ma trajectoire professionnelle, c’est aussi pour sensibiliser un univers qui n’est pas vraiment concerné par le sujet de l’écologie. » Valentine Gauthier porte un regard sévère sur l’hypo­crisie ambiante qui règne dans de nombreux domaines. Et de citer notamment l’automobile, où les alternatives existent pourtant depuis longtemps alors que l’on cherche encore du pétrole. Fidèle à son souvenir militant, notamment lorsqu’elle nettoyait les plages du sud de la France auprès de la Surfrider Foundation ou encore lorsqu’elle allait saluer le bateau de Greenpeace lorsqu’il mouillait dans le port de Marseille, elle entend tracer sa voie en accord avec ses convictions. Un style de vie qui réunit toutes ses espérances. « Ouvrons les yeux sans avoir peur. La mutation de la planète est déjà engagée entraînant notre propre mutation corporelle. Les scientifiques sont très pessimistes sur notre devenir et moi, j’espère, j’espère, j’espère… »



58 rue Charlot, Paris 3e - Tél. 01 48 87 68 40 - www.valentinegauthier.com