templon DT WARHOL 82

 Daniel Templon et Andy Warhol au Centre Pompidou, 1982. Courtesy Galerie Daniel Templon et Bruxelles.

Daniel Templon

  • Le marchand de couleurs

03.2017

L’histoire de la galerie Templon se confond avec celle de son créateur, qui se fond à son tour dans le paysage de l’art contemporain depuis plus d’un demi-siècle. L’Institut culturel Bernard Magrez à Bordeaux lui rend hommage. Nous aussi.

 

Je suis un autodidacte passionné
« Quand j’ai ouvert ma première galerie en 1966, à 21 ans, je n’avais aucune idée de ce qu’était l’art, la peinture, et encore moins ce que représentait le marché de l’art. Contrairement à mon fils, par exemple, qui s’occupe de notre galerie à Bruxelles, qui a été en contact avec des tableaux et des artistes depuis sa naissance... Pour moi, tout ça a été le fruit du hasard. Une véritable aventure démarrée avec une bande de copains, dans une cave prêtée par un antiquaire de la rue Bonaparte... J’entrais dans un domaine totalement inconnu, sans connaissances, sans un sou, mais très vite l’idée de défendre des artistes m’a semblé une évidence. Pas une minute dans ma vie, je me suis imaginé faire autre chose et, cinquante ans après, je suis toujours dans le même état d’esprit. Dans ce métier, vie privée et vie professionnelle sont intimement mêlées, 365 jours par an... Prendre ma retraite, un jour, ça n’a aucun sens pour moi. »

Je ne suis pas « galeriste »
« Quand j’ai commencé mon métier, personne n’utilisait ce terme ! Sûrement un anglicisme, qui sonne mal à l’oreille. Galeriste, droguiste... Non, vraiment, je ne l’apprécie pas, mais je me suis plié à l’usage. À l’instar d’Ernst Beyeler (grand collectionneur suisse, créateur de la Fondation éponyme, NDLR), je me définis comme un marchand de tableaux ou, mieux, un marchand de couleurs, comme m’avait désigné un jour mon amie Marie-Christine Labourdette, directrice des musées de France... Cela me convient parfaitement, d’autant que j’adore les peintures colorées ! La terminologie “marchand d’art” ne me gêne pas non plus, mais elle a des connotations très négatives en France où marchand rime avec argent – et cela ne plaît pas aux Français, peut-être trop catholiques et pas assez protestants... »

 

Je me suis adapté au marché
« Autrefois, le boulot d’une galerie, c’était défendre des artistes, vendre leurs tableaux et en vivre. Aujourd’hui, la société capitaliste mondialisée a généré un système prioritairement marchand. Certains font uniquement ce métier pour gagner de l’argent, motivation légitime, mais à la nuance près que je continue à penser que
l’argent doit être la récompense et pas le but pre­mier... Dans les années 60-70, la valeur culture l’emportait sur l’aspect financier, il y avait peu de compétition, peu d’enjeux sinon celui de pro­mou­voir des valeurs, des points de vue esthétiques. Jamais je ne dirai que c’était mieux avant, je me suis adapté, c’est tout. Le marché de l’art français se porte très bien, mais il est à l’image de la France, un pays qui a du mal à être de son temps. Nos grands artistes français ont des cotes ridicules contrairement à celles des Allemands, des Anglais, des Américains et même des Chinois, qui peuvent valoir jusqu’à dix fois plus, sans parler des prix extrêmes des stars. Le résultat, c’est qu’en gardant un certain prestige intellectuel, nous ne sommes pas parvenus à imposer nos créateurs, pas plus en 2016 qu’en 2000 ou en 1970. Je pourrais vous citer des dizaines et des dizaines d’artistes dans ce cas : Paul Rebeyrolle, Christian Boltanski, Gérard Garouste, Philippe Cognée, etc. »

 

Je reste fidèle aux artistes
« Même si j’ai toujours eu une préférence pour la peinture, peu m’importe le médium tant que l’artiste a quelque chose à dire, de façon talentueuse. La seule question qui vaille est “Suis-je convaincu” ? Me revient la phrase du grand critique d’art américain Clement Greenberg à qui l’on demandait d’expliquer pourquoi, selon lui, Jules Olitski était le plus grand peintre abstrait après Pollock. “Parce que je le dis” a-t-il répondu. Dans mon cas, lorsque je montre pour la première fois à Paris les Warhol, Lichtenstein, Rauschenberg, aujourd’hui stars du pop part, l’accueil général est plus que mitigé, mais sans m’expliquer pourquoi, je ressens avoir fait le bon choix. Il en est ainsi depuis les débuts de ma carrière. J’ai organisé 600 expositions et travaillé avec près de 300 artistes que j’ai choisis en totale liberté. Je n’ai pas de compte à rendre à qui que ce soit, à part aux artistes. Ils me font confiance, et je dois honorer cette confiance. »

 

Daniel Templon - les dates clés

1968 Découvre l’art américain à la Documenta de Kassel

1972 Rencontre le marchand Leo Castelli à New York avec lequel il collabore pendant 25 ans

1972 Ouverture de la galerie rue Beaubourg en lieu et place d’un terrain vague. Cinq ans plus tard, son voisin, le centre Pompidou est inauguré !

2013 Ouverture d’une galerie à Bruxelles

2016 Cinquante ans de carrière et parution de deux livres(1)

2017 Exposition-hommage "Portrait de galeriste : Daniel Templon", Institut Culturel Bernard Magrez, à Bordeaux, jusqu’au 25 juin

2017 À Paris, galerie Daniel Templon : exposition Ivan Navarro
et Julian Schnabel jusqu’au 13 mai, puis Chiharu Shiota,
du 20 mai au 29 juillet. À l’automne prochain, le pop artist américain George Segal puis Jim Dine.

 

Galerie Daniel Templon,
30 rue Beaubourg, 4e
danieltemplon.com